DE SAS EN SAS de Jérôme

Découvrez l’article de Jérôme Baverey sur le film DE SAS EN SAS de Rachida Brakni.
En salle à Belfort à partir du 29 mars 2017, dans le cadre du festival Diversité.

DE SAS EN SAS de Rachida Brakni

Tout commence par quelques scènes dans un appartement de cité : une mère et sa fille, quelques paroles bienveillantes et pourtant si banales ; le père est presque absent comme la plupart des autres hommes du film.
Ensuite un parcours tel un rituel, images de routes, de voies ferrées puis l’arrivée à la prison : mère et fille rejoignent d’autres femmes qui sont ici pour la même chose: rendre visite à leurs hommes au parloir.
On passe alors des seules scènes extérieures du film à un « huit-clos » théâtral où l’on va assister au passage des différents sas (celui de la prise de rendez-vous, des toilettes, du linge, etc…)
Chez ces visiteuses, une population assez différente, des personnes qui se connaissent déjà, chez certaines des regards fuyants, chez d’autres des regards de réconfort. Un seul visiteur, un vieil homme d’origine africaine semble trôner au milieu de toutes ces femmes tel un vieux sage.
Une des principales caractéristiques de ce film est posée : on parle des hommes mais on ne les voit pas, pourtant ils sont la raison de l’omniprésence de ces femmes à l’écran.
C’est donc un film de femmes réalisé par une comédienne Rachida Brakni dont c’est ici le premier long métrage en tant que réalisatrice et qui semble bien connaître son sujet. Elle le filme d’une façon viscérale telle une expérience sans doute vécue quand les tensions montent entre les visiteuses ou avec les gardiens. Ces derniers d’ailleurs d’une froideur implacable et d’une inhumanité quelquefois effrayante, ne sont que les pions de l’administration pénitentiaire, leurs faiblesses se révélant lorsque certaines jouent avec eux la séduction ou les humilient verbalement en les renvoyant à leur condition de subordonné.
Quelques rares plans où l’on voit le personnel de la prison semblent « volés » et leur côté documentaire tranche catégoriquement avec la mise en scène théâtrale mais vient renforcer la véracité du propos.
Celui d’une véritable micro-société dans un lieu confiné où les langues se délient, les amitiés se forment et se défont, où intimité, respect, méfiance et mépris se confondent de manière exacerbée. Tout est à fleur de peau, prêt à exploser. Finalement ce sont elles les véritables prisonnières derrière les barreaux des sas et qui n’en peuvent plus d’attendre pour arriver au parloir. Et au milieu de tout cela…l’innocence d’une petite fille qui trouve refuge dans les apparitions « apaisantes » et énigmatiques d’un homme (peut-être son père ?) apporte une touche de poésie à ce très beau tableau de femmes de détenus.

Jérôme Baverey
(article rédigé pour le festival Entrevues 2016)

Retrouver la lecture en lien avec le film, proposé par Matthieu de la librairie Le Chat Borgne

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