L’Opéra par Luc

Découvrez la critique de Luc Maechel sur le documentaire L’Opéra de Jean-Stéphane Bron

Au cinéma Pathé de Belfort à partir du 17 mai.

 

Une défense et illustration de l’Opéra de Paris, institution complexe (deux salles – Bastille et Garnier –, une Académie, 1 600 salariés : administratifs, techniciens, artistes) et emblématique pour son engagement culturel, le rayonnement de la capitale et ce modèle d’exemplarité française qu’il porte. En creux, la diversité du répertoire comme des interprètes, une idée volontariste de la culture et de l’art élevés au rang de religion profane – chaque représentation étant une célébration minutieusement préparée – tout en restant en prise avec le siècle. Ainsi l’hommage aux victimes du Bataclan en amont d’une représentation de la très classique Bayadère accompagné par La Nuit Transfigurée (symboliquement par l’art ?) d’Arnold Schoenberg.
Les familiers du répertoire seront en terrain de connaissance et goûteront ces clins d’œil. De même qu’ils reconnaîtront au fil des séquences les stars habituées de la Maison.

C’est un brin hagiographique avec les pompiers (longtemps partenaires obligés puisque les théâtres brûlaient souvent) dressant le drapeau tricolore sur le toit du vaisseau face au paysage parisien sur l’ouverture de Tannhäuser (un des grands événements politico-culturel de la Maison au XIXe). Le film s’inscrit dans l’histoire de la Grande Boutique (le mot est de Verdi) et le spectateur découvrira les arcanes de cette ruche qui se met en scène avec Stéphane Lissner en directeur omniprésent veillant à préserver voire renforcer l’ambition de l’institution. C’est aussi bien le maquis administratif et budgétaire, les négociations avec le chœur emblématiques de la tension entre projet artistique et contraintes administratives, l’importance du « wording » (et la leçon bien comprise de Moïse et Aaron – un des spectacles programmé – qui s’achève par ce cri « O Wort, du Wort, das mir fehlt ! »*).

Le corps des actants s’invitent avec le ballet, les gamins de banlieues des Petits Violons, la respiration émerveillée de la jeune basse Mikhail Timoshenko de son audition d’admission à l’Académie jusqu’à son récital de fin d’année en passant par sa rencontre avec le grand Bryn Terfel.
Le collectif surgit de ce foisonnement et emballe la gigantesque machine en quête du miracle : l’émotion partagée par les petites mains, les stars et le public.
Jean-Stéphane Bron n’oublie ni les repasseuses, ni les épousseteuses en attendant que le rideau se relève sur la prochaine épiphanie.

Belle image de Blaise Harrison.

Luc Maechel

* Ô verbe, toi verbe qui me manque !

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