Priscilla folle du désert par Christophe

Au cinéma Pathé, dans le cadre du festival Libres Regards, du mercredi 3 au mardi 9 mai.
Tous les horaires juste ici 

Découvrez l’envers du décors de Priscilla, folle du désert par Christophe Ottello, co-organisateur du très beau festival Libres Regards [ du 2 au 30 mai 2017]

En version version restaurée depuis le 1er mars 2017,

Priscilla, Queen of the Desert aura bientôt 25 ans.

Par quel miracle un film, au budget relativement limité (2 millions de dollars australiens, contre l’équivalent de 87 millions pour Forrest Gump, sorti la même année), conçu comme une compilation des anecdotes les plus scabreuses que Stephan Elliott a pu vivre et entendre raconter dans les boîtes à drag queens de Sidney… Comment un tel film a-t-il pu conquérir toute la planète ?
Au point d’être programmé simultanément par les télévisions de 56 pays lors de la semaine qui suivit les attentats du 11 septembre 2001…

C’est peut-être parce que Priscilla célèbre avant tout l’adversité.

             Et les luttes humaines qu’elle a toujours fait naître, fragiles, tragiques, victorieuses… à l’image de la vie même. Bien sûr, l’adversité la plus visible (dans le film…) est celle contre laquelle doivent se forger l’existence et l’identité des personnes lesbiennes, gays, bi ou trans…
Mais il y a une adversité plus première, si essentielle qu’elle échappe à toutes les consciences, alors même que toute vie terrestre y est soumise : celle de la gravité.
Au sens propre, l’attraction gravitationnelle, que l’on peut défier en chaussant des escarpins aux talons vertigineux ou de plus rustiques Chelsea Boots, pour gravir les hauteurs de Kings Canyon – à défaut d’avoir eu l’autorisation de tourner à Uluru (Ayers Rock).
Et de façon métaphorique et bouleversante, la gravité du deuil, que le personnage de Bernadette traverse d’un bout à l’autre de ce road movie, et qu’elle finit par vaincre sereinement.

C’est bien souvent cette même adversité que chante la musique disco : du célébrissime « I will survive » de Gloria Gaynor, jusqu’au non moins groovy et tubesque « Finally » de CeCe Peniston, sur lesquels furent chorégraphiées les deux scènes les plus éblouissantes du film. Ou encore la réinterprétation surréaliste et pailletée de la Traviata, « Sempre libera » : toujours libre, malgré les entraves de l’amour et de la société.

Chacun à sa manière, les différents publics de Priscilla s’y sont rarement trompé.

Après avoir été accueilli en triomphe et dans l’hilarité la plus unanime en avant-première à San Francisco, Priscilla a été présenté à Cannes, pour Un Certain Regard. Le réalisateur raconte qu’il en eut des sueurs froides, tant le silence qui régna dans la salle pendant la dernière demi-heure du film était général et inattendu… jusqu’à ce qu’il comprenne que c’était l’émotion qui avait coupé le souffle des spectateurs, en larmes, et qui lui offrirent une délirante standing ovation de presque 10 minutes à la fin de la projection.

Quant aux costumes aussi imaginatifs qu’éblouissants, agrafés plutôt que cousus, rafistolés de bouts de ficelles et de scotch au fur et à mesure des prises, ils n’y ont pas survécu. De bric et de broc, ils firent néanmoins remporter un Oscar (face à rien de moins que la tout aussi flamboyante Reine Margot de Patrice Chéreau), pour un budget initial de moins de 5,000 dollars et grâce aux 15% de remise de la mère de Tim Chappel, qui travaillait chez Kmart (l’équivalent australien de Monoprix).

 

Il n’est pas surprenant qu’un tel film soit né en Australie.

De l’adversité que dut vivre la colonie pénitentiaire de moins d’un milliers d’hommes qui y   furent originellement exilés au XVIIIe siècle, ou de celle subie par les aborigènes qui encore aujourd’hui voient leur terres les plus sacrées emportées par les bulldozers des concessions minières, laquelle est la plus rude ?
Le tournage, réalisé entièrement en décors naturels et flirtant, plus ou moins volontairement, avec le cinéma guérilla, n’a pas manqué lui non plus d’éléments adverses.
Les innombrables et inévitables mouches qui harcèlent les personnages à chaque plan dans l’Outback sont bien réelles… Et juste avant qu’on ne lui propose le rôle de Bernadette, Terence Stamp envisageait sérieusement d’abandonner le cinéma, lassé par les rôles de méchants caricaturaux qu’on lui réservait exclusivement.

Le ciel lui-même a bien failli compromettre le film.

Lors des dernières 48h du tournage, en plein milieu de l’immensité désertique, eut lieu à Alice Springs un événement que l’on n’y avait pas vu depuis des siècles : la pluie.
Des torrents de pluie, qui en quelques minutes seulement, métamorphosèrent le paysage apocalyptique et monochrome de Mad Maxen une vallée paradisiaque, recouverte à l’infini de fleurs aussi chatoyantes qu’ironiques, éphémères et éternelles.

 

Christophe Ottello

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