Closet Monster par Inès

Closet Monster, Stephen Dunn

Le placard. L’endroit d’où l’on décide de sortir un beau jour parce que l’on est fatigué de se cacher. Un refuge enfantin, un lieu de transgressions où sont entreposées les affaires d’une mère qui est seulement présente par intermittences.

Oscar a –t-il réellement envie d’en sortir ?

Cet adolescent atypique, rêvant de quitter sa ville natale et de partir faire des études à New-York comme tant d’autres ont pu vouloir le faire avant lui, peut rappeler dans une certaine mesure les protagonistes de Mysterious Skin de Gregg Araki ou encore le célèbre Donnie Darko. Tous deux semblent en effet pouvoir communiquer avec des animaux (ou des entités extraterrestres et symboliques dans le cas de Donnie), qui les aident à s’échapper un instant de la solitude créée par une adolescence tourmentée. Closet Monster retrace l’histoire d’un apprentissage, d’une évasion, de la recherche d’un temps qui n’a peut-être jamais existé. Tout est allusif et bref : des musiques utilisées pour l’occasion (Allie X, Crystal Fighters, Austra…) aux émotions des personnages. Rien n’est destiné à durer, semble nous dire Stephen Dunn, le réalisateur. La vie est une éternelle succession de commencements, et l’adolescence une période transitoire, entre l’enfance et l’âge adulte, destinée à s’estomper comme le reste. Le thème de l’effacement est très important. En effet, Oscar souhaite intégrer une école de maquillage pour le cinéma à New-York. Afin de constituer son dossier, il photographie Gemma, sa meilleure amie, la déguise en monstre des mers ou lui plante des cornes ensanglantées sur le front. A chaque nouveau déguisement, Gemma se transforme, se renouvelle et se plie aux exigences de son ami. Ce dernier se réfugie dans un univers fantasque, constitué d’un hamster parlant, de cabanes en bois, d’effets spéciaux tous plus invraisemblables les uns que les autres et des affaires de sa mère, qui traînent dans son placard depuis le divorce difficile de ses parents. Et puis il y a Wilder, dont le prénom évoque directement un aspect sauvage et incontrôlable. On pourrait s’attendre à ce que cet adolescent soit traité de manière superficielle par le réalisateur mais c’est loin d’être le cas. Le spectateur ne sait pratiquement rien de lui et doit se contenter de détails sans importance — sa manie de fumer, son flegme apparent et sa beauté. Mais Wilder sera également passager dans cet univers où tout semble destiné à disparaître ou à prendre une forme toute autre…

Le film oscille entre une hésitation fantastique et un portrait d’une adolescence désabusée sous les paillettes et les déguisements dont se parent les personnages pour aller danser. La sexualité — et plus précisément le refoulement de cette dernière — sont abordés de manière subtile et métaphorique, donnant libre cours à une réflexion pertinente sur l’identité et le genre. Bien entendu, on pourrait également rapprocher Closet Monster de certains artistes du glam rock tels que Bowie ou Alice Cooper, qui ont su jouer avec leur identité eux aussi, à grand renfort de strass, de somptueux costumes et de talons hauts. Closet Monster est un petit chef d’œuvre polymorphe et transgressif, digne héritier des films de Korine ou d’Araki.  

Inès Kieffer

En salle au cinéma Pathé de Belfort dès le 21 février. Découvrez la bande-annonce et les horaires ici

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