RAZZIA par Josiane

RAZZIA de Nabil Ayouch 
France-Belgique-Maroc, 2018, 1h59
Au cinéma à Belfort à partir du 14 mars 2018

Much loved de Nabil Ayouch : ce fut un coup de poing.

Razzia de Nabil Ayouch : une suite de coups de poings qui fouaillent les entrailles du Maroc. Les nôtres en regard aussi. Le film est co-écrit avec Maryam Touzani, la comédienne qui joue Salima.
Composition mosaïque pour qu’éclatent sous nos yeux, toutes les tensions, les aspirations entremêlées dans Casablanca…
Casablanca « ville monde, ville tombeau », lumière des yeux qui espèrent, ville sombre des paupières et des cils lourds de khôl.

As Time goes by…
Razzia se souvient de « Casablanca », le film de Michael Curtiz, avec Humphrey Bogart, Ingrid Bergman et Paul Henreid. Nostalgie d’une époque où une guerre et une domination déclarées semblaient rendre toutes choses plus simples, on savait qui était l’ennemi, quelle était la classe dominante. En 2015, Joe, le juif et Ilyas, le cuisinier Berbère, se consolent en pianotant et chantonnant dans un restaurant huppé où l’on tente d’oublier. Certains soirs de nostalgie.

Entre 1982 et 2015, aujourd’hui, de l’autre côté de la Méditerranée, tout à craqué, chairs et os se sont exacerbés d’espérances déçues et de désirs affirmés.

1982 : nouvelle vague d’arabisation dans une école de montagne de l’Atlas marocain, loin de tout, mais proche de la vie qui se rêve belle,
parce que toute vouée au quotidien simple et bon,
parce que baignée de la poésie orale que les Berbères portent en eux et se transmettent comme un héritage essentiel.
Les élèves ne comprennent rien à l’arabe, mais il faut coûte que coûte l’enseigner et le parler.
Un bus blanc emmène le jeune maître d’école qui ne peut se soumettre à l’injonction de l’inspecteur.
C’est ce bus qui, tout au long du film, descend des hautes montagnes vers la grande ville, Casablanca, où tout se tend à l’extrême. Bus blanc, fil rouge.

2015 : des manifestations violentes de la jeunesse sans emploi, des diplômé-e-s sans travail.
Les langues se mélangent : le  berbère, l’arabe, le français, l’anglais – langue monde.
Les vieux ne comprennent plus les jeunes, ne leur parlent plus, ne les accompagnent plus.
Les jeunes sont riches ou pauvres, diplômés ou non, aspirent à une liberté sexuelle ou non, une égalité homme-femme, ou non. Ils sont religieux, ou non, musulmans très ou peu pratiquants, ils ont plusieurs façons de s’accommoder, ils s’engouffrent dans les mirages de l’Occident ou de l’Amérique du nord (musique, littérature, mode, savantes compositions habillées-dénudées, maquillages appuyés) ou se crispent sur le maintien de la tradition.
Exercice du pouvoir ou asservissement, le jeu social et politique se résout en violences meurtrières.
Il est d’autres servitudes qui sont montrées mais pas ressenties comme telles.  Libérer les corps c’est aussi risquer d’en devenir esclaves, par le jeu de représentation auquel on se livre… ou auquel on les  livre.

Coups de poings assénés par un montage très fragmentaire, qui fait tanguer le bateau du spectateur, malmené. Pourtant des repères lui sont donnés par les personnages porteurs de ces réalités éclatées. Le restaurateur juif et son cuisinier musulman, demeurent les témoins ahuris  de ces bouleversements qui semblent s’accélérer. Tout comme le film, qui traverse les cahots de cette société jeune, désirante, qui aspire à plus de liberté, plus vite faire sauter les carcans, plus vite travailler et jouir des fruits de son travail, plus vite s’affranchir des contraintes de la religion, de la tradition…

Et cette autre société qui trépigne, résiste, pour préserver des privilèges d’autorité : les religieux, certains hommes, des femmes aussi.

Et cette autre encore, qui veut garder quelque chose de beau, quelque chose de berbère.

Article de Josiane Bataillard

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