Mobile Homes par Inès

MOBILE HOMES de Vladimir de Fontenay,
Canada-France, 2018, 1h41 > Au cinéma Pathé dès le 4 avril
Critique d’Inès Kieffer

Un mobile home est une maison que l’on peut transporter avec soi, un foyer mobile.
Si le titre du film évoque directement ces curieuses habitations, il fait également allusion à l’existence d’Ali et de son fils Bone, qui tentent de recréer un foyer sur les ruines d’une existence fantasmée.

Tous les moyens sont bons pour avoir l’impression de posséder un endroit à soi : occuper durant une nuit une maison inhabitée, dormir dans un camion, profiter des jeux mis à disposition des enfants dans une salle d’attente ou se servir d’emblée un café dans le bureau d’une assistante sociale compatissante. Dès le début du film, le spectateur est plongé dans la dure réalité de ceux qui ne savent pas où aller et qui survivent à grand-peine. « Les gens comme nous n’ont jamais rien » dira Evan à sa petite amie Ali, jeune femme dépassée et mère courage. Il est d’abord difficile d’éviter une amorce de jugement à son égard : pourquoi imposer cette vie violente et instable à un enfant de huit ans ? Car dans Mobiles Homes, tout est froid et désespéré, les routes des Etats-Unis et du Canada sont mornes et recouvertes d’une neige grisâtre, nous avons sous les yeux une Amérique désenchantée, à mille lieues de l’American Dream et des self made men qui bâtissent un empire sur des décombres. Les personnages de ce road-movie, qui se rapproche en réalité bien plus du film psychologique, ne sont pas sans évoquer les protagonistes du fameux Requiem for a Dream, l’ovni cinématographique de Darren Aronofsky. Ils ont en commun cette fragilité, cette envie brutale d’être adulte alors qu’ils sont à peine sortis de l’adolescence, de prendre soin des autres alors qu’ils ne savent pas s’occuper d’eux-mêmes. La caméra de Vladimir de Fontenay les suit sans jamais les juger et parvient à capturer, le temps d’un instant de grâce, un détail délicat, un fragment de douceur dans cet univers disloqué : une main fine aux ongles vernis de rouge, des jouets colorés, une pomme…

Mobile Homes, c’est aussi le récit d’une appropriation d’objets, d’animaux, d’endroits et de personnes. L’emprise psychologique qu’Evan exerce sur Ali est esquissée de manière très sensible. La jeune femme reste un personnage lucide, avec une envie prodigieuse de se remettre en mouvement et de donner à son fils un avenir meilleur. De nombreuses allusions bibliques sont également égrenées tout au long du film ; le récit de l’arche de Noé raconté par Ali n’est pas sans évoquer le vieux camion dans lequel on retrouve un jeune couple qui se fait et se défait, un enfant blond, des coqs de compétition, des boîtes aux contenus énigmatiques. La nécessité de posséder un endroit à soi est le fil rouge qui relie tous les personnages entre eux. Cette rage de vivre quasi insoutenable, semblable à celle des coqs durant des combats interminables, peut, à certains égards, rappeler celle des clochards célestes de Jack Kerouac, « qui flambent, qui flambent, qui flambent, jalonnant la nuit comme des cierges d’église ».

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