3 Jours à Quiberon par Renaud

3 Jours à Quiberon  de Emilie Atef
Allemagne, Autriche, Frannce, 2018, 1h56 > Au cinéma Pathé dès le 13 juin
Critique de Renaud Sachet

On connait maintenant parfaitement le dilemme d’une biographie filmée : embrasser toute la vie du personnage au risque d’une compression à la César, dorée mais réductrice, cabossée, ou s’attacher à un moment précis de la personne, la miniature japonaise précise et obsessionnelle, à regarder avec une loupe, au risque de se focaliser sur des détails, inconséquents et finalement sur-interprétés. Si le choix de la réalisatrice, Emily Atef, se rapproche plus de la seconde piste, elle s’est portée sur trois jours de la fin de la vie de Romy Schneider, tout en réservant une part vaporeuse et flottante à son oeuvre. D’ailleurs, on se doute en voyant le film qu’elle s’est plus appuyée sur le photo reportage véridique de Robert Lebeck, sans doute la dernière séance acceptée par Romy Schneider, que sur des montagnes de documents écrits sur la comédienne allemande.

Paradoxe inhérent à la nature même de ce biopic : montrer la détresse d’une personnalité célèbre, son mal de vivre auto destructeur (nous, spectateurs sommes là pour ça après tout) et dans le même temps, dénoncer le procédé de dévoilement invasif de la vie privée, procédé ici incarné par le personnage du journaliste de Stern, antipathique et froid comme un serpent devant une actrice au bout du rouleau. Point d’hypocrisie ici cependant, le temps a fait son oeuvre, et Bob, le photographe, touchant et amoureux, incarne cette ambiguïté de la relation entre Romy  (« la plus grande star féminine européenne ») et la presse à sensation : il y a un jeu de séduction, une interaction, une relation intime même, et résolue. Ce qui permet au film cette douceur presque innocente malgré le drame qui couve (Romy Schneider mourra quelques mois après ce passage à Quiberon) grâce aux interprétations souples des acteurs (un quatuor épatant, Marie Bäumer (Romy), Robert Gwisdek (le journaliste), Charly Hübner (Robert), & Birgit Minichmayr (Hilde)), et ce noir et blanc précis qui évite de s’appesantir sur des couleurs qu’on devinerait trop ouvertement nostalgiques.
Car le film est le portrait sans douleur gratuite de cet astre noir, que le destin est en train d’achever à petit feu, mais qui reste cette attraction autour de laquelle finit par s’organiser et s’activer dans son orbite sa petite famille reconstituée : l’amie maternelle, le journaliste confident et le photographe complice, perdus avec elle en bord de mer, comme échoués au bout du monde. C’est le tableau  en huis clos d’une famille, qu’on devine la seule que l’étoile ait jamais eue (et voulue).

Renaud Sachet

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