La Révolution silencieuse par Inès Kieffer

La Révolution silencieuse de Lars Kraume,
Allemagne, 2018, 1h51
Au cinéma à partir du 30 mai

Au départ, ce film allemand, inspiré de faits réels racontés au préalable dans le roman La Classe Silencieuse de Dietrich Garstka, n’a rien de silencieux.

Il débute en 1956, dans un train à destination de Berlin Ouest, par une perquisition de militaires, destinée à identifier d’éventuels fugitifs. Kurt et Theo, deux adolescents originaires de Stalinstadt, en sont témoins. Le spectateur comprend rapidement qu’ils déplorent l’occupation russe à Berlin Est et la fougue de leur jeunesse aidant, ils souhaitent changer le cours des événements à leur façon. Deux minutes de silence, en l’honneur des victimes de l’insurrection de Budapest en octobre 1956, réprimée par les troupes soviétiques, suffisent à transformer une partie de leur classe de Terminale en « ennemis d’Etat », selon les mots de l’oncle Edgar, un anarchiste convaincu.
Mais La révolution silencieuse se dérobe très vite de l’horizon d’attente du spectateur grâce à l’ambiguïté des personnages, que l’on rencontre peu dans leurs environnements familiaux. Car ils sont avant tout une classe, un groupe qui ne parle que d’une seule voix — ou presque, il y a toujours quelques opposants dans une révolution — des jeunes gens très différents, unis sous le signe d’un militantisme parfois maladroit, mais si sincère. On apprend à les connaître davantage lors des nombreuses scènes d’interrogatoire qui structurent le film. Les autorités au pouvoir connaissent parfois les histoires familiales bien mieux que leurs principaux protagonistes, et n’hésitent pas à s’en servir dans le but d’obtenir une vérité opportune.

Il serait néanmoins dommage de voir La révolution silencieuse uniquement comme un film sur la naissance d’un engagement politique. Il aborde également les liens tissés entre un ensemble d’individus, essayant à grand-peine de conserver une identité propre au sein d’un collectif. Ces militants sont également des adolescents, avec leurs doutes, leurs idéaux, leurs contradictions. Lars Kraume ne cherche jamais à en faire des héros, au contraire, il préfère montrer à l’écran leur comportement, ambivalent ou décevant parfois, exploiter au maximum l’écart entre la responsabilité collective et les tensions plus intimes. Le pouvoir du groupe rappelle un autre film allemand, également inspiré de faits réels : La Vague, de Dennis Gansel, décrivant l’instauration d’une autocratie au sein d’une classe de lycée. Les deux réalisateurs brossent, à quelques années d’intervalle, des portraits d’adolescents aux prises avec des idéologies, parfois terrifiantes pour certains d’entre eux. On retiendra de La révolution silencieuse l’image d’une classe muette, dont se détachent quelques figures très fortes — d’écorchés, de rêveurs ou de militants qui s’ignorent encore.

Inès Kieffer

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Une réflexion sur “La Révolution silencieuse par Inès Kieffer

  1. Intéressants les parallèles avec d’autres films. Le cinéma comme média pour nous éveiller à l’Histoire de nos voisins, et à leur vision de celle-ci. C’est aussi une éducation. Merci, Josiane

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