SIBEL par Inès Kieffer

Au cinéma à partir du 6 mars, découvrez l’article de Inès Kieffer, rédactrice bénévole de l’association.
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Sibel, Çagla Zencirci et Guillaume Giovanetti

Si l’on devait résumer Sibel, le troisième long-métrage du couple franco-turc formé par Çagla Zencirci et Guillaume Giovanetti, il faudrait probablement dire que ce dernier relate l’histoire d’une jeune femme qui ne veut plus retenir son souffle parce qu’elle l’a fait trop longtemps.
Sibel a vingt-cinq ans. Elle habite avec son père et sa jeune sœur, Fatma, à Kuşköy, un village turc où les habitants communiquent par le biais d’une langue sifflée. Et contrairement aux autres, la principale protagoniste du film n’a pas la possibilité merveilleuse de passer du langage sifflé au turc — et inversement — puisqu’elle est muette depuis son plus jeune âge. Comme chaque communauté a la nécessité d’avoir son propre mouton noir, Sibel est exclue à cause de son handicap.

Pourtant, le sujet principal de Sibel est le langage (ou « l’adieu au langage », c’est selon) : les langages parlés et sifflés, qui se confondent souvent, mais également la communication par le biais du corps, du regard et des sensations, souvent liées à cette nature que Sibel explore sans relâche. Une nature domptée par l’homme, avec le dur travail aux champs, ou plus sauvage, lorsque la jeune femme s’aventure dans la forêt avec son fusil et chausse ses grandes bottes en caoutchouc. L’objectif principal de Sibel est de tuer ce loup dont parlent tous les villageois, afin de gagner leur respect. « C’est dangereux la forêt », lui dit Narin, une vieille femme à l’esprit perturbé depuis la disparition de son amant lorsqu’elle était très jeune. Et c’est en risquant sa propre vie que Sibel pourra éventuellement être adoptée par la communauté.

Sibel mène une existence relativement monotone, axée autour de la quête de cet animal fantasmé qu’elle craint moins que les quolibets lancés par les femmes dans les champs. Elle travaille, arpente la forêt et chasse avec un fusil sur lequel est inscrit son prénom, s’occupe de la maison. Sa rencontre avec Ali brise aussi bien le rythme de ses journées que celui du film, qui n’en devient que plus magnifique. Sibel traque le loup et rencontre un homme. Du Petit Chaperon Rouge à Thomas Hobbes et son Léviathan, le spectateur est évidemment tenté d’évoquer de nombreuses références symboliques, mais Sibel échappe à toute interprétation. A la manière de son héroïne, le film se démarque par un temps éclaté, organisé autour d’une cabane délabrée, de silences qui en disent long et d’échanges d’objets ou de gestes entre les deux personnages. Une relation de confiance peut s’installer, à tort ou à raison. Cela n’est pas tellement important, puisque le cinéma constitue à lui seul un moment d’envol dans un réel parfois insipide. Sibel est une belle démonstration de cette suspension éphémère.

Inès Kieffer

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