STYX par Thibaud Martin

> Découvrez l’article de Thibaud Martin sur le film STYX, en salle à partir du 27 mars
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STYX de Wolfang Fischer (Allemagne, 2019, 1h34)

Naviguer. Vaste sujet.
C’est un sport, pour certains un art de vivre, pour d’autres une profession. Mais c’est une activité qui ne laisse personne indifférent. Pourquoi ? Car on y compte autant de désavantages que de fantastiques moments de grâce. Mal de mer, déshydratation, fatigue, hypothermie, accidents en tout genre viennent contrebalancer une Liberté absolue à 360°, des moments de calme, ou d’adrénaline, mais toujours dans une contemplation infinie de ce que la nature peut offrir. Observer le rayon vert quand le soleil, rougeoyant, vient toucher l’horizon d’argent. Suivre de l’œil la course-poursuite effrénée et aérienne des frégates et des poissons volants, dont Tom Cruise, pouce en l’air, validerait lui-même la fuite. Contempler les dauphins, ces grises et joueuses torpilles, sautiller joyeusement près du navire.

Ce danger lointain, ça vaut le coup, non ? Bien sûr, si c’est un choix. Si on est équipé, prêt et encadré. Soutenu par une communauté mondiale et bienveillante. Et sinon ?
Sinon, bienvenu dans le cauchemar du marin, et le quotidien de nombreux migrants à la dérive, oubliés de tous.

Rike est médecin urgentiste, et navigatrice expérimentée. Elle est prête à affronter une mer déchaînée pour rejoindre l’Ile de l’Ascension, un paradis artificiel crée par Charles Darwin lui-même. Elle, qui cherche un Éden, verra ses convictions humaines et marines voler en éclat sur cet enfer liquide, se heurtant à la dure réalité géopolitique que nous traversons.

Elle fera face, seule, à un système politisé, une soi-disant promesse intangible, incarnée ici par des bateaux de sauvetage absents, promis par des voix désincarnées, offrant une aide inexistante. Cette violence sourde, que seuls les individus aux ventres plein et au corps réchauffés peuvent déclamer ainsi dans leur radio VHF, devient pour Rike une cruelle réalité. A quel moment peut-on renier son humanité, fusse-t’elle professionnelle ? Peut-on ignorer les serments d’Hippocrate et du Marin à la fois, si cela en va de sa sécurité et d’une implacable logique ?

Bien qu’a des milles de l’Aquarius, l’Ava Gray et son capitaine explorent en filigrane la question du sauvetage en haute mer et de la responsabilité des institutions, de leur moyens et de leur juridiction, mais aussi de l’Individu, dont la fine ligne de flottaison séparant l’humanité de l’instinct de conservation semble se troubler au gré des flots.

Pourtant, même constat : à l’instar du Styx, le mythique fleuve des morts, ces étendues d’un bleu infini semblent promptes à avaler les cœurs et les corps sans l’aide d’une main tendue. Et pour la traversée, la note se fait salée : notre âme semble être le prix à payer.

Thibaud Martin

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